PAïSAN rencontre Alexis Dandreis, fabricant de néons. Créer un néon à la main est un savoir-faire artisanal français très riche. Alexis nous livre les secrets de ce que nous appelons "néon" qui est en fait le nom d'un gaz rare nécessaire à la création de ce joyeux luminaire.

Que cultivez-vous ?

Je fabrique des néons.

Le néon c’est du verre et du gaz ?

C’est du verre, du gaz, de l’électricité et de la poudre phosphorescente. C’est un combiné de tous ces éléments, qui du coup s’illuminent.

Où êtes-vous situé ?

Je suis situé à Toulouse (31), capitale de l’Occitanie !

Néon, c’est aussi le nom du gaz ?

Oui, c’est son nom, c’est un gaz rare. Donc il y a le néon, l’argon et le xénon. Mais on utilise essentiellement le néon et l’argon.

Le néon est un savoir-faire français ?

Oui effectivement, c’est un savoir-faire français qui a un siècle. C’est un Français qui s’appelle Georges Claude qui l’a inventé. En tout cas, il a inventé le fait de le commercialiser comme une enseigne. Je crois que c’était pour un coiffeur, à vérifier. Donc, il y a eu un brevet pendant 50 ans du coup il n’y avait que du Claude Néon partout dans le monde. Les entreprises s’appelaient comme ça.
Tout ça pour dire, qu’en France on a une façon de travailler particulière puisqu’on travaille un type de verre plus costaud qui est le borosilicate. Il ne se chauffe pas pareil que l’autre verre dans le reste du monde, qui est le verre tendre ou le
murano par exemple. Du coup j’ai des chalumeaux spécifiques.
On est peu de français et peu de néonistes à employer le borosilicate. Les électrodes sont aussi en borosilicate pour faire la partie électrique du néon. À terme, le seul risque est donc que ça disparaisse et il ne faut pas que ça disparaisse. 

L’ennemi c’est la LED ?

La LED, c’est sûrement très bien, ça ne consomme rien. Le néon consomme peu. Par contre, je pense que la LED c’est du consommable. Il faut le voir comme ça. Le néon, c’est une pièce en verre. S’il n’est pas cassé physiquement parce qu’il est fragile —  c’est pas grave si l’objet est fragile en soi, il faut juste en prendre soin, prendre soin de l’objet. Ce n’est pas que c’est l’ennemi la LED, mais pour moi, c’est vraiment l’idée du consommable et d’avoir en contrepartie un objet, qui lui, doit durer dans le temps.

Néon de façade Vs. néon de plafond ?

Oui effectivement, souvent quand je dis que je fais des néons, on pense : « Ah, il fait des trucs dans les classes d’école, les plafonniers… ». Et non, en fait non ! (rire)
Ça, c’est fait industriellement. Un néon comme ça, il couple beaucoup de gestes à la fois. En gros je souffle, je chauffe, je plie, etc. Tout en même temps ! Donc c’est compliqué d’avoir une machine qui serait en mesure de faire autant de mouvements, pour un lettrage par exemple, où il faut faire plein d’actions différentes. 

Portrait d’Alexis Dandreis

Comment faire pour avoir un néon vert ?

Si on veut des couleurs, à part le rouge qui est que le néon, pour toutes les autres, on va utiliser l’autre gaz qui est l’argon. Donc je switche entre ces deux gaz. L’argon qui est matché avec une très petite bille de mercure et donc de vapeur de mercure, va créer des ultraviolets qui vont révéler les pigments phosphorescents, collés à l’intérieur du tube et ça, on l’obtient avec l’argon.

La fabrication d'un néon en quelques étapes ?

Dans un premier temps, je vais parler avec un client, je vais essayer de comprendre ce qu’il veut. Je vais en faire un dessin technique qui va être adapté pour la fabrication. Après je vais déformer le verre, à partir de cannes que je vais commander sur une certaine teinte. Donc je déforme ce verre, j’ai la forme, je le branche à une machine qui me permet de faire le vide et d’injecter le gaz en question à la bonne pression et ensuite je vais l’installer.

Le prochain néon ?

C’est pour le Ballet National de Marseille. C’est un texte qui parle de la danse qui va être installé là-bas, à Marseille (13).

Le néon fabriqué dont vous êtes le plus fier ?

J’ai fait un néon pour Seth Gueko, qui est assez cool. C’est un cheese burger avec des bras super musclés, en mode culturiste. Il est marrant !

Vous portez un tablier ?

Je ne porte pas de tablier au quotidien. Mais je fais gaffe à ce que je porte parce que j’abîme régulièrement mes t-shirts. Ou je laisse des traces de suie ou alors carrément, je fais une petite entaille avec des bouts de verre. Donc plutôt besoin d’un tablier, oui.

Votre regard sur PAïSAN ?

PAïSAN, ça me parle parce que relocalisation, circuit court… Moi ce que je fais, c’est l’opposé du consommable : c’est essayer de faire un produit qui dure dans le temps et de qualité. En plus, c’est fait avec les mains et avec la tête. Donc PAïSAN, ça me parle.

Un objet de votre quotidien ?

Mes lunettes avec un verre spécial qui me permettent de voir à travers la flamme. Sans quoi, je pense que j’aurais très mal aux yeux et je n’arriverai pas à travailler correctement.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Le Sud ! Je viens du Sud, le Mercantour (06), magnifique !

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif pour notre prochaine interview ?

Franchement, j’ai pas mal de trucs en tête mais je dirai mon pote Maximilien Pellet qui est artiste, qui travaille autour de la céramique. Il fait des sortes de fresques, c’est juste magnifique, et ça se passe à Belleville (75).

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Tu ne m’as pas demandé si j’étais Grec et c’est pas du tout le cas ! (rire)

Vous pouvez visionner l’interview d’Alexis Dandreis
sur notre chaîne Youtube ou notre chaîne IGTV

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Cultiver le lien en retrouvant Alexis Dandreissur Instagram : @alexis_neons