Rencontre Christian Didier, Responsable du site de la filature alsacienne Emanuel Lang. 

Que cultivez-vous ?

Chez Emanuel Lang, on cultive surtout un savoir-faire, un savoir-faire de tisseur de proximité avec une industrie locale forte et une implantation forte sur la région qu’on essaie de perdurer. 

Vous travaillez beaucoup sur le lin ?

On travaille beaucoup sur le lin puisque aujourd’hui à la base Emanuel Lang était un tisseur de tissé teint spécialisé dans le coton. Suite aux différentes restructurations, on a décidé avec Pierre Schmitt de partir sur les matières naturelles européennes en particulier le lin, le chanvre et l’ortie.

Le lin que vous travaillez est tracé ?

Le lin qu’on travaille est tracé et provient de Normandie. On a tissé un partenariat avec un des plus grand teilleur de lin français qui s’appelle Terre de Lin, qui nous livre la matière et nous travaillons sa matière. 

Vous connaissez même certains liniculteurs ?

On connaît très bien certains liniculteurs. En particulier, certains jeunes agriculteurs de Terre de Lin qui sont venus nous rendre visite au début de cette année pour monter un projet commun ensemble.

Vous recevez le lin qui a été peigné et ensuite vous en faites quoi ?

Le lin a été en fait teillé chez Terre de Lin, puis peigné. Et ensuite, nous avons remonté une filature de lin. On est les premiers à avoir une filature de lin en France depuis plus de 20 ans.

Et cette filature de lin, nous permet de faire un fil qui va rentrer dans la composition du sac PAïSAN. Et nous avons tissé ce fil et puis ensuite fait une étoffe 100% lin. 

Quels types de tissus peut-on trouver chez Emanuel Lang ?

Chez Emanuel Lang, on trouve énormément de types de tissus puisque on essaie de capitaliser non plus sur des collections comme par le passé uniquement sur des produits chemises, mais plutôt sur notre savoir-faire et sur le type de matériel que nous utilisons et sur la technicité et le savoir-faire de notre personnel.

Donc on va trouver des tissus 100% coton, en tissé teint, poids chemise. Nous aurons des tissus en poids pantalon, un peu plus lourd. On va trouver des 100% lin, du jean d’ortie. On a fait du fil en ortie, on était les premiers à faire un jean en ortie.

Nous avons réalisé également du jean en chanvre. Voilà, on touche à pas mal de choses à partir du moment où ça reste naturel. Vous ne trouverez pas de polyester chez Emanuel Lang

Filature Emanuel Lang, PAïSAN©

Du tissu en ortie ?

L’ortie, c’est quelque chose qui me tient à cœur mais pour lequel il va falloir énormément travailler, puisqu’on n’a aujourd’hui pas suffisamment de matière première. Et il faut redynamiser un peu tout l’amont de la filière auprès des agriculteurs et puis prouver que l’on arrive à défibrer correctement cet ortie, pour pouvoir en faire ensuite un fil.

Mais c’est quelque chose qu’on va faire, on a pris un peu de retard avec le Covid, mais c’est quelque chose qu’on fera en 2021 de façon certaine. 

Il faut un bon purin d’ortie pour faire pousser les bonnes plantes !

Voilà, tout à fait, c’est ça !

À quoi reconnaît-on un lin de qualité ?

Un lin de qualité se reconnaît à la fois à sa couleur, à sa provenance et à la longueur de ses fibres et à ce qu’on appelle le diagramme de ses fibres. Donc la répartition des fibres du lin qui vont permettre de les associer pour avoir un fil de qualité.

Pourquoi Emanuel Lang est au cœur de l’actualité textile ?

Alors Emanuel Lang, aujourd’hui, récolte les fruits d’une pugnacité de plus d’une dizaine d’années puisqu’on a, avec Pierre Schmitt, commencé à travailler sur les matières naturelles et les fibres libériennes depuis bientôt 10 ans.

Et aujourd’hui, on voit que ça paie entre guillemets puisque l’ADN d’Emanuel Lang, c’est le circuit court et  les matières naturelles.

Donc le lin de Normandie filé en Alsace, tissé en Alsace, ennoblit à 20 ou 30 km de chez nous, ça a du sens pour nous. Cela fait partie de notre ADN et je pense que ça fait partie de l’ADN de PAïSAN aussi. 

Portrait de Christian Didier par PAïSAN©

Où partait le lin avant ?

Avant, le lin partait en Chine et il faut savoir que la France est le premier producteur de lin au monde et que 80% du lin français était acheté par les Chinois et revenait soit sous forme de bobines au mieux, soit sous forme de vêtements

Il a fallu trouver une personne d’expérience pour relancer cette machine ?

C’est là que nous avons eu beaucoup de chance puisque Thierry Goude qui est notre responsable filature, est un ami de longue date avec qui j’ai usé pas mal de pantalons sur les bancs de l’école et que j’ai rappelé il y a à peu près, bientôt un an, en lui expliquant notre projet.

Il n’a pas hésité à venir nous voir et à apporter son expérience de filateur de fibres longues pour qu’on puisse monter la filature de lin. 

Le tissu de la Poche PAïSAN est un des premiers à sortir de vos machines ?

Tout à fait, c’est un des premiers tissus avec les essais de jeans que nous faisons. Effectivement, c’est un des tout premiers tissus que nous sortons grâce aux fils de la filature de lin. 

Quel regard portez-vous sur le projet PAïSAN ?

C’est ce que je disais tout à l’heure, ça correspond totalement à l’ADN d’Emanuel Lang. Travailler sur un circuit court, une éco-responsabilité, des produits de qualité qui ont du sens et qui ont une histoire, c’est tout à fait ce qu’on essaie de faire chez Emanuel Lang.

Chaque personne qui travaille ici a un savoir-faire sur chaque métier ?

Les personnes qui travaillent dans cette usine ont un grand savoir-faire, beaucoup d’expérience. Même si la pyramide des âges est un peu inversée ! Mais ils sont très très motivés. C’est grâce à eux qu’on a réussi à sauver cette entreprise. Sans eux, on n’aurait pas pu et on a même des retraités qui viennent nous voir et qui viennent nous donner un coup de main pour continuer à faire perdurer ce savoir-faire.

Photographie : PAïSAN©

Un objet de votre quotidien ?

Alors un objet de mon quotidien qui a une belle histoire et qui me tient à cœur et qui me sert tous les jours, c’est mon compte-fils, voilà ! Ce compte-fils me permet de créer des tissus et de caractériser des tissus.

C’est un compte-fils qui est de 1986, c’est mon année de sortie de l’École d’ingénieurs de Mulhouse, donc il est très très important.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Ici, on est en Alsace, on est dans le Sundgau. Donc le Sundgau, c’est plutôt le sud de l’Alsace et les contreforts du Jura. Par contre, en Alsace centrale, il y a le vignoble autour de Colmar et il y a des cépages merveilleux qui sont très connus tels que le Riesling ou le Gewurtz.

Mais il y a parfois des cépages moins connus, comme le Sylvaner, qui méritent à être développés.

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

On va un peu reprendre l’ADN d’Emanuel Lang et de l’ensemble du groupe Schmitt. En fait, notre crédo, c’est de la plante au consommateur. On a créé une marque qui s’appelle Matière Française.

Nous avons une boutique laboratoire à Colmar qui est ouverte depuis 4 ans où on présente l’ensemble des produits de toutes nos sociétés : du velours de Velcorex, des tweeds de luxe de tissage des Chaumes, des tissus soieries de fileas et des chemises ou du lin d’Emanuel Lang.

Et la personne qui s’occupe de tout ça, c’est la fille de Pierre Schmitt, qui est Agathe Schmitt que je vous encourage à aller interviewer et à connaître.

Vous pouvez visionner l’interview de Christian Didier
sur notre chaine Youtube ou notre chaine IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Emanuel Lang sur leur site : emanuel-lang.fr