Rencontre avec Florian Breton, fondateur de Miimosa: Une plateforme de financement participative dédiée à l'agriculture. 

Que cultivez-vous ?

Je cultive l’admiration des agriculteurs et des agricultrices.

Que cultivait votre grand-père ?

Mon grand-père était un producteur de raisins qu’il adressait à la coopérative de son village pour produire un formidable vin que l’on appelait le vin Des Deux Clochers à Ponteilla, petit village des Pyrénées Orientales. Puisque la particularité de Ponteilla est d’avoir deux clochers à son église.

Images : Miimosa

Pourquoi Miimosa ?

Au delà de ma sensibilité personnelle au secteur, étant moi-même issu d’une famille de viticulteurs, j’identifiais depuis un certain nombre d’années la nécessité de faire évoluer les financements. Puisque aujourd’hui, l’agriculture est dans un grand bouleversement. Elle rencontre une triple transition qu’elle soit économique, sociale et environnementale pour autant les financements n’ont pas évolué.

Donc ça c’était vraiment un enjeu pour moi de créer une plateforme qui soit à la fois un révélateur et un accélérateur par les financements de la transition agricole. Accélérateur comment ? Finalement, en s’appuyant aussi sur l’épargne populaire qui est aujourd’hui abondante en France. En effet, près de 5 000 milliards d’euros dorment aujourd’hui sur les produits d’épargne dite réglementée.

Il était selon moi, indispensable au regard des enjeux du moment et de la nécessité de financer aujourd’hui l’agriculture et l’alimentation de demain, de reconnecter les Français et l’épargne populaire aux enjeux et aux financements de l’agriculture et de l’alimentation.

Quelles sont les étapes d’une campagne de financement sur Miimosa ?

Les étapes d’une campagne de financement à travers Miimosa dépendent finalement de l’outil dont va bénéficier l’agriculteur.

Le don avec contrepartie

Premièrement, si c’est du don avec contrepartie. Il faut que l’agriculteur nous présente un réel projet, qu’on l’accompagne sur la structuration et la description de son projet avec des illustrations.

Et puis ensuite, sur toute la cohérence, l’enchaînement, la dégressivité, la créativité de tous les paliers de contreparties en nature qu’il va offrir aux consommateurs, aux citoyens qui vont soutenir son projet. Ça peut aller de produits jusqu’à des séjours ou des expériences à la ferme.

Le projet de crédit

Si jamais on est sur un projet de crédit, là il est nécessaire dans un intérêt aussi d’évaluation des risques puisque là les citoyens placent leur épargne et souhaitent être remboursés. Ils perçoivent en moyenne à peu près entre 3,5 et 4% d’intérêts sur le placement. Avouez que c’est plus intéressant que l’épargne dite “réglementée” !

Là, les agriculteurs sont nécessairement invités à nous adresser des bilans, un prévisionnel de financement, leur pièce d’identité, statut KBIS, etc. Pour qu’on puisse assurer un vrai audit sur l’exploitation, au delà de notre analyse sur les critères de transitions environnementaux qu’on réalise, bien évidemment, en interne.

Kit de communication

Ensuite, une fois que ces étapes sont réalisées, côté “dons en contrepartie” ou “prêt participatif”, le projet est mis en ligne. On adresse un kit de communication au porteur de projet afin que ces derniers puissent communiquer sur leur collecte et lever de l’argent. En don avec contrepartie, les collectes sont comprises à 90% entre 2 et 15 000 euros. En prêt aujourd’hui, on lève entre 15 000 et 1 million d’euros. Dernièrement encore, on a levé près de 800 000 euros pour un formidable projet de pisciculture en Normandie, avec de formidables élevages et des produits que vous pourrez retrouver en GMS.

Donc c’est ça la grande puissance des offres Miimosa, c’est qu’on permet d’accompagner la transition agricole alimentaire. Et cela, à travers différents outils qui répondent à différentes problématiques et besoins de financement.

Quel est le projet que Miimosa a soutenu dont vous êtes le plus fier ?

Il y a beaucoup de projets dont je suis fier puisque en l’espace de seulement 5 ans Miimosa a accompagné près de 3000 projets en France et également en Belgique. Ce sont près de 130 projets chaque mois que nous accompagnons. Ce qui prouve à la fois, la pertinence des produits de financement pour les agriculteurs et les entreprises alimentaires, mais également, l’appétence du grand public et des citoyens, des consommateurs pour soutenir l’agriculture et l’alimentation.

Le projet d’Alexandre Marti

Un des projets qui me vient forcément à l’esprit, c’est un projet d’un éleveur que nous avons accompagné dans le sud-ouest de la France, qui s’appelle Alexandre Marti. Suite à un aléa climatique a malheureusement rencontré de grandes difficultés à financer finalement cet aléa. Il se retrouvait dans une situation de sinistre au bord de la liquidation judiciaire. Donc il a fait appel à nous, un petit peu en dernier recours.

On a accompagné son projet en don en contrepartie. La situation était un peu trop fragile pour qu’on l’accompagne en prêt. Il souhaitait lever 15 000 € pour se remettre sur selle. Et finalement, il a levé près de 35 000 €. Sa boîte mails a même été saturée ainsi que sa boîte postale qui a été saturée elle-même par des chèques.

Donc, finalement c’est ce que j’aime bien. L’esprit de solidarité dépasse même Miimosa. Quelquefois, cela arrive à peu près une fois tous les deux mois, on a un tel élan de solidarité autour d’un projet que Miimosa est un vrai révélateur, un accélérateur et un amplificateur des transitions agricoles. Et cela dépasse bien évidemment, la plateforme.

Collecte de fond pendant la crise sanitaire en soutien aux soignants

Encore une fois, dernièrement en période de crise sanitaire, on a accompagné un formidable projet qui avait pour vocation d’apporter de l’alimentation de qualité aux soignants. Là aussi, on est partis sur une collecte à travers un collectif que nous avons créé avec d’autres start’up.

On est partis sur une collecte d’une trentaine de millier d’euros. Au terme de la période de confinement plus de 150 000 € ont été levés pour soutenir les soignants à travers l’alimentation. Donc c’est près de 150 000 repas qui ont été financés par le grand public à travers Miimosa. Donc ce sont deux projets dont je suis extrêmement fier.

Est-ce que la crise du Covid19 a multiplié les projets et les participations ?

La crise sanitaire que nous avons traversée a permis une réelle prise de conscience des Français pour l’alimentation et les agriculteurs. Je pense que se retrouver en famille, prendre le temps de cuisiner, prendre le temps de consommer local a permis aux Français de repenser leur alimentation et l’agriculture et de se reconnecter à l’essentiel. Derrière chaque assiette, il y a un agriculteur ou des agriculteurs.

Cette prise de conscience finalement, a permis aussi une accélération de notre activité. Puisqu’en l’espace de quelques semaines de confinement, à la fois on a enregistré un record de collecte. Sur une collecte donc où on a levé plus de 150 000 € pour financer les repas des soignants. C’est une collecte historique pour la plateforme et la plus importante collecte solidaire en période de Covid cette année. Et puis également, un formidable regain de participation. Puisqu’on a enregistré sur trois journées d’affilé, le plus gros nombre de participations à travers la plateforme.

Donc, cela prouve à la fois, la résilience de Miimosa, de son modèle et de sa capacité à attirer le grand public sur une thématique qui est un enjeu sociétal extrêmement important. Et cela prouve aussi la résilience de la thématique agricole puisque aux côtés des soignants, vraiment les agriculteurs ont fait figure de deuxième armée en période de Covid. On doit les saluer. Grâce à eux tous les Français ont eu accès à une alimentation de qualité, en quantité et en diversité.

C’est quoi l’ageekculture ?

L’ageekulture, ce sont des agriculteurs qui sont geeks. Alors, c’est vrai qu’il existe une grande tendance aujourd’hui à la digitalisation de la profession. Mais j’aime bien rappeler aussi pour casser une idée reçue que 90% des agriculteurs aujourd’hui sont connectés à internet. C’est un berceau d’innovation millénaire.

L’agriculture a toujours fait preuve d’une grande capacité d’adaptation à son époque. Les agriculteurs en sont les premiers chefs. Et la Google Car finalement a été déplacée par les tracteurs à guidage GPS qui n’ont pas attendus cette sortie innovante. Internet est arrivé dans le pré avant d’arriver dans nos foyers.

Donc, il faut bien prendre conscience du fait que les agriculteurs, sont des ageekulteurs par essence.

Quels sont les 4 atouts majeurs de Miimosa que ne servent pas les banques ?

Simplicité

Premièrement, le premier atout de notre offre, c’est la simplicité du parcours : les agriculteurs aujourd’hui ont accès à une réponse sous 48 heures.

Flexibilité

Deuxièmement, c’est la flexibilité de nos financements, notamment sur le crédit. On permet des offres de financement. Elles sont amortissables mensuellement. Mais on permet aussi à des agriculteurs de rembourser au terme de leur emprunt au bout de 3 ans, 4 ans ou 5 ans.

L’inclusivité

Troisièmement, c’est l’inclusivité de la démarche. Puisque aujourd’hui un projet par exemple en crédit emprunte en moyenne auprès de 200 personnes. Donc ce sont 200 citoyens qui placent entre 300 et 400 euros par personne en moyenne sur chacun de nos projets. Donc c’est formidable, puisque l’agriculteur, à travers cette inclusivité, peut communiquer sur son métier, développer sa clientèle ou travailler à une meilleur appropriation ou acceptabilité locale du projet. Si toutefois il est sur des projets d’énergies renouvelables, sur les éco-serres, etc.

Rapidité

Et puis enfin, le quatrième point qui est essentiel dans notre offre : c’est la rapidité des collectes. Pas plus tard que la semaine dernière, on a levé 100 000 euros en 3 jours pour un formidable projet dans le Vrac à Rennes. 

La rapidité d’exécution grâce au soutien de l’épargne populaire est quelque chose qui est extrêmement valorisé et apprécié par les agriculteurs. Ils ont, rappelons le, des semaines sans fin puisqu’ils bossent en moyenne entre 80 et 90 heures par semaine.

Images : Miimosa

Quels sont les projets de développement de Miimosa ?

Nous avons accompagné près de 3000 projets à travers les différentes offres que sont le don ou le prêt participatif. Nous somme passé en l’espace de deux ans de 3 millions d’euros, à cette année près de 20 millions d’euros de financements.

L’étape d’après, pour nous, est de créer un fond de financement. Il viendra abonder toutes les collectes en prêt que nous sélectionnerons. Pour assurer aux agriculteurs qui sont déjà dans une démarche de transition agro-écologique alimentaire et sur la production d’énergies renouvelables, d’accéder à des financements rapides quelque soit le montant. C’est-à-dire qu’à partir de la rentrée prochaine en 2020, l’objectif de Miimosa est de pouvoir s’engager sur des financements en deux semaines maximum quelque soit le montant.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Alors je vous invite dans les Pyrénées-Orientales, à vous rendre dans un formidable petit village qui s’appelle Collioure. C’est un petit village aux côtés duquel j’ai grandi et au sein duquel j’ai plaisir à aller très régulièrement. Plus précisément, je vous conseille une petite allée à côté de Collioure: Le Racou. C’est là que j’ai grandi et c’est un lieu vraiment en dehors des temps, que j’apprécie et que je visite extrêmement régulièrement.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Les grands défis de l’agriculture du 21e siècle. 

D’ici à 2050 sur Terre, nous serons près 10 milliards d’habitants. Et chaque jour, pendant les 30 prochaines années, ce seront 250 000 nouvelles bouches que nous devrons nourrir. Après avoir dit ça, l’enjeu de l’agriculture à échelle mondiale est immense. Puisque l’agriculture devra augmenter ses capacités de production de près de 50 %. Quand dans le même temps les surfaces agricoles vont à peine augmenter de 3%.

Donc l’enjeu de la productivité est très important pour nourrir les populations, l’enjeu de la souveraineté alimentaire au niveau de la France bien évidemment. L’enjeu de la transition écologique l’est tout autant voir plus. Puisque aujourd’hui on a un défi climatique qui est immense. Il est nécessaire que l’agriculture puisse augmenter ses capacités de production tout en prenant soin des hommes et de la planète.

Donc pour nous, la vision que l’on porte au sein de Miimosa, c’est que l’agriculture est au cœur de tous les grands enjeux du siècle. Une fois qu’on s’est dit ça, les agriculteurs sont, selon nous, les héros du 21e siècle. Donc on a à cœur chez Miimosa, d’accompagner à la fois un secteur et un métier, qui est en pleine transition. On souhaite apporter des solutions et un impact durable aux grands enjeux du siècle.

Vous pouvez visionner l’interview de Florian Breton
sur notre chaîne Youtube ou notre chaîne IGTV.

Cultiver le lien en retrouvant les Ateliers de la Bruyère sur leur site : miimosa.com ou sur Instagram : @miimosa_fr