Rencontre avec Garance du Nord, styliste végétale, avec qui nous avons échangé sur la filière, les saisons et le local.

Pourquoi les fleurs ?

La fleur, c’est une matière première incroyablement riche : la couleur, la forme, la texture, l’odeur. Du bouton à l’éclosion, ça raconte une histoire, c’est une vie en soi.

Et les fruits et légumes ?

Je les utilise beaucoup dans mon travail, ça fait partie des ingrédients qu’on peut utiliser en parfum par exemple ; je parle des agrumes ou des noix etc. Donc oui bien sûr, les fruits et les légumes.

C'est beau un légume moche ?

Si on parle des légumes qui ne sont pas calibrés, oui c’est beau parce que c’est une surprise et que ça sort des sentiers battus. Il y a d’ailleurs eu une campagne à laquelle j’ai participé qui starifiait le légume moche. C’est une campagne pour la grande distribution, afin que le consommateur puisse et veuille les acheter pour éviter tout ce gaspillage, tout ce gâchis de fruits qui ne sont pas calibrés et que l’on jette.

Le stylisme végétal est-il responsable ?

Pas suffisamment, dans le cadre d’une campagne publicitaire la production est généralement réalisée six mois avant le lancement. Ça veut dire qu’il y a souvent un décalage de saisonnalité entre l’ingrédient qu’on doit représenter et la réalité, donc ça veut dire aussi que je vais sourcer des fleurs qui seront à l’autre bout du monde ou sur l’autre hémisphère. Donc du transport etc, etc.

Photographie : Ambroise Tezenas pour Diptyque

Le circuit court et local est-il possible ?

Oui, le circuit court est possible. Moi, je cherche énormément de choses dans mon environnement proche. Je travaille avec des producteurs locaux. On a en Île de France énormément de personnes de talent qui produisent des fleurs de saison. On en revient toujours à la même histoire, il ne s’agit pas simplement de faire travailler des gens qui sont proches, il faut aussi qu’ils travaillent en harmonie avec la saison. Parce qu’il ne s’agit pas de trouver une rose plus près en région parisienne si elle est cultivée dans une serre chauffée en plein hiver.

Il n'y a plus de saisons ?

Effectivement, dans la fleur mais finalement c’est assez récent, on s’aperçoit qu’on peut avoir tout, tout le temps, c’est-à-dire la pivoine en plein hiver, des roses, de la fleurette, etc. Donc, effectivement, ces fleurs viennent de loin et dans ce sens-là il n’y a plus de saisons.

Quelles fleurs acheter à la mi-mai ?

Je pense à deux fleurs : la pivoine et la rose.
La pivoine étant la star du mois de mai. On trouve des producteurs de pivoines en région parisienne et dans le sud.
Et en ce qui concerne la rose, il faut savoir que la première coupe, c’est toujours la plus belle.

Photographie : Fabrice Fouillet pour Déliquescence

Comment consommer la fleur demain?

C’est simple, c’est comme pour les fruits et légumes, locales et de proximité. Il faudrait perdre l’habitude d’avoir des bouquets de fleurs fraîches en hiver par exemple et privilégier les fleurs séchées ou les baies. C’est très joli d’avoir un bouquet fait avec des végétaux qu’on aura glanés dans la nature.

Ce que la filière pourrait changer pour la planète ?

Tout d’abord, évidemment travailler local et de saison, mais aussi faire un effort sur les plastiques qui sont largement utilisés dans les emballages et aussi cette mousse verte qui n’est pas recyclable et qui est utilisée pour les montages floraux. Il faudrait vraiment la supprimer. Et puis peut-être essayer de créer un label respectueux des conditions de travail, de la non utilisation à outrance d’engrais, de pesticides et puis d’une production locale.

Un objet de votre quotidien ?

Évidemment, mon sécateur. Toujours prête à dégainer, je ne le quitte jamais. Je l’emporte avec moi tout le temps.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Je dirai un producteur de fleurettes en région parisienne près de Barbizon. Le domaine s’appelle les Fleurs du Moulin. Olivier et sa femme y cultivent des variétés désuètes, un peu anciennes comme des nigelles, de la camomille, de la carotte sauvage, des pieds d’alouette. On va trouver toutes ces fleurs-là en vente sur Rungis du mois de mai au mois d’octobre.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Pour terminer, je voudrai dire que dans le monde citadin dans lequel on vit où tout le monde est derrière son écran, avoir une plante verte, un bouquet ou trois fleurs sur son balcon, ça reste une vraie respiration.

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Garance du Nord pour PAïSAN

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