Rencontre avec Guillaume, liniculteur normand, tout aussi passionné qu'Eugénie et Maxime que nous avions déjà rencontrés. Il nous parle de son enfance dans les parcelles de lin, des étapes de la culture du lin et de sa région.

Où sommes-nous ? 

Vous êtes ici sur une exploitation familiale. J’ai repris une partie de l’exploitation il y a 1 an, suite au départ à la retraite de papa. Mais sinon, je poursuis sur la 5e génération l’exploitation familiale.

Donc sur l’exploitation, on retrouve 2 pôles : donc le pôle grande culture et le pôle élevage avec un élevage de vaches allaitantes. Sur le pôle grande culture, on retrouve bien entendu, des céréales (du blé et du colza), à côté de ça, des betteraves, des betteraves rouges. Et puis, une activité principale sur notre exploitation qui est la culture du lin fibre.

Vous cultivez le lin fibre depuis combien de temps ?

Alors sur l’exploitation, le lin fibre a toujours été cultivé, donc suivant les années et en respectant bien entendu la rotation des cultures, mais aussi la semence. Ici, sur notre exploitation, on réalise à peu près 30% de notre surface en lin textile de printemps.

Pourquoi le lin pousse en Normandie ? 

Le lin se trouve en Normandie, parce que d’une part, on a un terroir. Donc on a les terres, on a le climat avec la façade maritime qui est tempérée. Et puis, on a la chance d’être passionnés parce que le lin est une culture qui se transmet de génération en génération.

Et moi depuis tout petit, lorsque je faisais le tour des parcelles de lin avec papa, je me baladais dans les parcelles, je regardais, je suivais l’itinéraire technique. Et puis, vu que le lin a diverses étapes, du semis jusqu’au fil, pour moi la partie la plus intéressante justement c’est de le travailler.

C’est donc suivre son itinéraire technique, mais aussi réaliser l’ensemble des opérations qui sont : l’arrachage du lin, le rouissage, entre deux, on réalise l’encapsulage justement pour réaliser les semences, donc les graines pour l’année suivante et puis le pressage. Le pressage consiste à rentrer de la fibre de lin entière dans les champs. On la stocke à l’abri et à la suite de cela, on la livre en fonction de notre ordre de livraison sur les sites de collecte de Terre de Lin, qui sont situés en Seine Maritime (76)  principalement.

Pas d’irrigation pour le lin ?

On a la chance d’avoir un climat tempéré, on est sur la façade maritime, donc seule la pluviométrie suffit à faire grandir et à faire pousser notre lin.

Pourquoi l’alternance pluie-soleil est importante pour le rouissage ?

L’alternance de ce climat pluie-soleil et de la température modérée, permet justement après l’étape de l’arrachage d’avoir un rouissage optimal. Donc le rouissage, c’est la dégradation des écorces qui entourent la fibre de lin sur chaque tige, qui permet justement de dégrader ces écorces, de donner cette couleur bleue à cette fibre, pour qu’elle soit beaucoup plus facile à travailler dans nos sites industriels, de façon à réaliser un fil le plus homogène possible et résistant.

La floraison du lin, un phénomène ?

La floraison intervient généralement suivant la météo et le climat que l’on a eu avant. Puisque la floraison arrive avec une somme de températures. Le cycle du lin est très rapide puisque c’est à peu près 100 jours à partir de la date de semis jusqu’à l’arrachage. La date où on peut voir l’ensemble des parcelles bleues sur le territoire suivant les années, ça peut aller du 10 juin jusqu’au 20 juin. Alors c’est une période qui est très courte. La floraison dure entre 3 et 4 jours sur l’ensemble des parcelles. Et généralement, le lin fleurit le matin avant que le soleil n’arrive plus fort.

Portrait de Guillaume Cabot par PAïSAN©

La Normandie, première région de lin au monde ?

L’avantage de la culture du lin est qu’on ne peut pas la cultiver dans d’autres endroits au monde. Alors bien sûr, on a la façade maritime du Nord de la France qui part de la plaine de Caen et on peut retrouver des parcelles de lin jusqu’au Pays-Bas, mais c’est essentiellement le bassin de production normand, avec une grande quantité de lin produit sur le pays de Caux en Seine-Maritime. Et cette particularité, due à la richesse du sol, avec des limons profonds qui permettent un bon enracinement du lin et au lin de s’épanouir durant ces 100 jours afin d’obtenir une qualité de fibre irréprochable.

Et moi en tant que producteur de lin, je suis fier de pouvoir produire une fibre qui est naturelle, qui a une identité normande et qu’on ne peut pas copier dans d’autres régions de France ou égaler dans d’autres pays du monde.

Vous faites une différence entre la culture du lin et vos autres cultures ?

Bien entendu ! Le lin c’est une culture à part entière sur l’exploitation. Elle représente 30% de ma surface. Mais on attache particulièrement toute attention à cette culture, puisque chaque étape est vraiment importante, donc du semis jusqu’à la récolte. Donc généralement, le lin j’y suis à partir du semis, j’y suis quasiment tous les jours justement pour surveiller s’il n’y a pas des petits défauts, s’il n’y a pas des petites interventions à faire justement pour arriver à une fibre irréprochable in fine. 

Votre objet du quotidien ?

L’élément indispensable pour mon activité c’est mon Opinel, clairement ! Aujourd’hui, on l’utilise tous les jours ne serait-ce que, je vais prendre l’exemple pour la culture du lin : lorsqu’on réalise le semis pour vérifier si on dépose bien la graine dans le lit de semences au bon endroit. 

Un lieu à nous faire découvrir ?

Étretat avec sa célèbre arche et toute la façade maritime, avec les falaises de craie blanche qui façonnent le territoire, ses valleuses et les plaines de lin en fleur au mois de juin, venez découvrir la Normandie !

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif pour notre prochaine interview ?

Peut-être sur la pomme de terre. Franck Loubuique qui est un agriculteur dans le pays de Caux, au nord d’Yvetot. Tout le monde essaye de redonner cette couleur à cette belle pomme de terre traditionnelle. Aujourd’hui je sais qu”il y a beaucoup de producteurs qui reviennent avec des variétés un peu plus anciennes, avec des pommes de terre qui ont du goût en faisant de la commercialisation en vente directe et qui permet aux consommateurs de redécouvrir cette belle pomme de terre.

Vous pouvez visionner l’interview de Guillaume Cabot
sur notre chaîne Youtube ou notre chaîne IGTV

Découvrez toutes nos rencontres. 

Cultiver le lien en retrouvant Guillaume Cabot chez lui, en Seine Maritime (76)