Rencontre avec Émile Auté, producteur de thé en France. Il nous parle de sa culture et de ses projets. Retrouvez Émile Auté à l'Atelier PAïSAN, le 13 septembre pour une dégustation de son thé.

Que cultivez-vous ?

Je cultive des théiers, des camellias sinensis, qui s’épanouissent ici en France.

Le seul en France ?

Le seul non pas vraiment ! On est trois cette année, en 2020, à avoir des récoltes, dont deux en Bretagne. Et parmis ces deux cultivateurs, il y a mon ami Michel Thévot qui a une très belle plantation près de Roscoff et chez qui je vais récolter et transformer les feuilles de théier.

On boit beaucoup de thé en France ?

Le thé est la boisson la plus bue au monde. En France, c’est vrai qu’elle est détrônée par le café. Mais de plus en plus de gens se mettent au thé.

Quel est le nom de vos théiers ?

Robert, Francine, Muguette… Ce sont des camellias sinensis. Ce sont les cousins des camellias japonica, les fleuris que l’on a dans nos jardins, donc ce n’est pas plus compliqué que cela à cultiver. Cela n’a jamais été fait avant parce qu’il n’y avait pas d’intérêt économique. Aujourd’hui, la donne a changé. L’intérêt de cultiver des théiers en France c’est de réduire l’impact de déplacement des matières premières et de créer une filière du thé français, qui peut être des revenus complémentaires pour nombre de paysans.

Quels sont les besoins du sol ?

On a besoin d’un sol acide et drainé. Le camellia est sensible de la racine donc éviter la sécheresse et l’excédent d’eau.

Le théier ne gèle pas ?

Alors le théier ne gèle pas, c’est une question qu’on me pose souvent ! On a beaucoup d’a priori sur le thé. Il faut savoir que cela pousse un peu partout dans le monde : en Afrique, en Asie évidemment, mais aussi en Inde. L’Inde est un très grand pays et la région d’Assam qui est une très belle région productrice de thés de qualité, est située dans la chaîne Himalayenne, donc autant vous dire qu’il y fait un peu plus froid que dans le Perche. 

Quelles sont les étapes entre la récolte et l’infusion ?

Il y a de nombreuses étapes. Ce n’est pas comme une plante aromatique simple, où l’on fait simplement sécher les feuilles. Il y a l’étape d’oxydation, de flétrissage, de roulage des feuilles et une partie de cuisson.

Quels types de thés produisez-vous ?

Alors cette année, on a fait plusieurs essais sur des petites quantités pour sortir un thé blanc à la première récolte, un thé noir à la deuxième récolte et on vient de finir la troisième récolte et on a sorti un très beau thé vert. Il faut savoir que tous les thés que l’on produit viennent de la même plante. Il n’y a pas de cépages comme pour le vin. C’est toujours le camellia sinensis et c’est ensuite une histoire de travail des feuilles.

C’est quoi le Milky Oolong ?

Alors le Milky Oolong, c’est le cœur de mon projet. Le Oolong c’est à mi-chemin entre le thé vert et le thé noir, c’est donc un semi-oxydé qu’on appelle aussi le thé bleu-vert. On plante ici dans Le Perche sur un sol qui est assez typique. On est sur un sable cénomanien, un sable de grès rouge qui fait la typicité de ce terroir. Comme pour le vin, l’idée c’est que le théier prenne le goût de son terroir. Et nous allons faire un bain de vapeur de lait aux feuilles fraîches, qui ensuite restituera un parfum extrêmement crémeux, doux et enveloppant… donc le Milky Oolong. Et on va faire ce bain de vapeur de lait avec le lait des vaches percheronnes, un type de vaches saonoises qui avait disparu et qui est en train d’être remis en place sur le territoire à l’initiative de Guillaume Foucault, le chef étoilé qui travaille sur l’identité du Perche avec la Chambre d’agriculture et un groupe d’éleveurs passionnés et passionnants. 

Portrait de Émile Auté

Vous proposez aussi des tisanes pour enfants ?

Oui, effectivement ! C’est un projet qui est aussi artistique que j’ai créé avec Sophie Simbozel, illustratrice et maman de Neus, ce petit personnage qui voyage, vit des aventures et les raconte aux enfants à travers des étiquettes et des illustrations qui accompagnent nos tisanes. Des tisanes à partager enfants-parents pour des moments de convivialité. L’idée c’était de proposer des recettes que l’on peut partager avec les enfants, sans crainte des composants qui pourraient avoir une incidence sur l’activité de l’enfant.

Peut-on visiter les plantations ?

On ouvrira au public officiellement l’année prochaine. Mais régulièrement j’accueille essentiellement des professionnels pour l’instant, mais j’espère pouvoir faire des portes-ouvertes en septembre.

On parle du thé autant qu’on le déguste ?

Oui, mais PAïSAN m’a imposé des réponses de 15 à 30 secondes, donc pour ça il va falloir venir me voir.

C’est quoi les producteurs solidaires ?

Les producteurs solidaires ça a été mis en place au début du confinement puisque je venais de lancer mon nouveau site internet qui était un site marchand. Et on s’est retrouvés avec plusieurs collègues paysans sans marché. J’ai donc proposé aux collègues de mettre leurs produits sur le site internet et de fournir des livraisons directement à domicile pendant le confinement. Ce qui nous a permis, à tous, de travailler un petit peu et de passer cette période d’incertitude avec quelques ventes qui étaient plutôt bienvenues.

Un objet de votre quotidien ?

L’objet de mon quotidien c’est la binette car on passe nos journées à désherber.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Les collines du Perche, mais du Perche du Sud. Ici, dans le Perche Vendômois, qui est la partie la plus méconnue du Perche et qui pourtant a une forte identité et des paysans passionnés qui font vraiment vivre leur territoire.

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

Des personnes qui me sont proches ! Cyrille et Bérengère qui ont la ferme de Brul’han qui étaient mes parrains d’installation agricole, qui ont une vraie passion pour les animaux. Ils ont une ferme pédagogique où ils accueillent et transmettent leur passion. Ils sont aussi éleveurs et font partie du groupe de La vache percheronne. Ce sont des gens que je vous conseille de rencontrer puisque ce sont vraiment de belles personnes !

Vous pouvez visionner l’interview d’Émile Auté
sur notre chaine Youtube ou notre chaîne IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Émile Auté dans le Perche (18) et sur leur site : emileaute.com ou sur Instagram : @emileauté