Rencontre avec Marine Brunelet, Sylvicultrice dans l'Aube. Elle nous parle de ses projets, de la gestion responsable de sa forêt.

Que cultivez-vous ?

Nous sommes propriétaires de plusieurs centaines d’hectares de forêt avec comme essences principales : le chêne, le charme et le tilleul.

C’est un changement de vie ?

Oui, c’est un changement de vie total. À l’époque j’ai rencontré mon mari, Julien, à Paris, il y a 7 ans où il travaillait en tant que journaliste caméraman. J’exerçais de mon côté dans l’événementiel, après quelques années d’expatriation à Mexico. On avait tous les deux très envie de changer de vie et on a eu l’opportunité de récupérer la gestion du patrimoine forestier familial. Nous n’avons donc pas hésité à quitter Paris pour nous installer à Brienne-le-Châteaux, dans une petite commune de 3 000 habitants dans l’Aube (10).

Quel est votre projet ?

Alors, nous avons plusieurs projets en parallèle. Le premier, notre projet sylvicole qui consiste à faire de la gestion durable dans nos forêts. C’est-à-dire à produire du bois tout en assurant la régénération des peuplements forestiers.
Notre second projet agricole : nous souhaitons développer un paysage comestible autour de l’ancienne abbaye de Basse-Fontaine avec une micro-ferme partagée. Nous avons un maraîcher qui s’installe à l’automne pour produire des légumes en agriculture biologique et nous allons en parallèle agrandir notre vergé de 50 arbres fruitiers, planter des arbres truffiers, de la vigne, des petits fruits… Le tout en agriculture biologique. 

Et nous avons en parallèle aussi, un projet associatif avec la création de l’association Les amis de Basse-Fontaine où nous souhaitons accueillir du public en forêt et organiser différentes animations et activités en lien avec la nature et l’environnement.

De quel arbre est issu votre bois ?

Le bois que nous commercialisons provient principalement du chêne. Un arbre qui est considéré comme mûr au bout de 120 ans.

Combien de fois par an peut-on prélever du bois dans une forêt ?

En France, les propriétaires forestiers de plus de 25 hectares sont soumis à des plans simples de gestion. Ce sont des programmes de coupes et de travaux qui sont établis pour 20 ans, les forêts sont donc divisées en parcelles forestières où nous intervenons tous les 10 ans et nous ne prévelevons jamais plus de 10% du volume existant.

Quelles sont les différentes étapes de la transformation du bois ?

La première étape, c’est l’abattage de la grume par un bûcheron en forêt. Puis, vient le transport vers la scierie où interviendra la première transformation du bois, en plots ou en planches. Puis, intervient la seconde transformation qui oriente le bois vers un usage plus spécifique par exemple en meuble, en parquet ou en charpente.

Actuellement, où va le bois des exploitations d’arbres en France ?

C’est assez difficile à dire, puisque le bois est une matière première mondiale qui obéit à un négoce international. Aujourd’hui, il est très compliqué de savoir ce que devient le bois qu’on commercialise en France, ce qui est un petit peu frustrant. Rien n’indique qu’un bois qui aura subi une première transformation en France, ne sera pas exporté vers d’autres pays pour subir sa seconde transformation.

Comment se déroule la gestion responsable d’une forêt ?

Nous appliquons les principes d’une gestion dite irrégulière basée sur deux axes. Le premier axe consiste à privilégier les coupes sanitaires dites d’amélioration. Nous prélevons les arbres en fin de vie, les arbres malades ou dépérissants afin de laisser place au jeune peuplement. Le second axe consiste à tout miser sur la régénération, qu’elle soit naturelle ou par replantation. 

Portrait de Marine Brunelet avec son chien dans sa forêt

Que peut-on changer en France concernant nos forêts ?

Je pense qu’il faudrait tendre vers la fin de la monoculture en forêt car se sont des plantations qui sont beaucoup moins résilientes face aux problématiques du changement climatique auxquelles nous faisons face. Et en parallèle, nous avons des engins forestiers qui sont de plus en plus gros. On est en train de prendre la voie de l’agriculture conventionnelle en forêt et nous devons adapter notamment en ouvrant des cloisonnements dans nos parcelles forestières pour permettre le passage des engins agricoles qui sont de plus en plus gros. 

Que peut-on changer en France concernant nos forêts ?

Je pense qu’il faudrait tendre vers la fin de la monoculture en forêt car se sont des plantations qui sont beaucoup moins résilientes face aux problématiques du changement climatique auxquelles nous faisons face. Et en parallèle, nous avons des engins forestiers qui sont de plus en plus gros. On est en train de prendre la voie de l’agriculture conventionnelle en forêt et nous devons adapter notamment en ouvrant des cloisonnements dans nos parcelles forestières pour permettre le passage des engins agricoles qui sont de plus en plus gros.

Comment la filière pourrait-elle se réinventer ?

Il faudrait réussir à valoriser d’autres essences que le chêne comme le frêne, le charme et le tilleul car aujourd’hui beaucoup d’arbres de qualité ne sont malheureusement pas valorisés. 

Pourquoi est-il important de gérer une forêt ?

Il est important de gérer une forêt pour produire du bois. En effet, le bois est un matériau d’avenir qui s’avère être une bonne alternative aux énergies fossiles. En effet, c’est un matériau robuste et durable. En parallèle, une forêt remplit trois fonctions. Donc cette fonction économique qui est la production de bois, cette fonction environnementale qui est l’accueil de la biodiversité et cette fonction sociale avec l’accueil du public. Et en gérant une forêt, on permet de concilier ces trois facteurs.

Un objet de votre quotidien ?

Je ne quitte plus mon joli panier en osier, qui est un cadeau de ma grand-mère, que j’emmène partout avec moi. En effet, il y a plein de trésors en forêt, comestibles que ce soit les champignons, les baies ou les plantes sauvages. Donc je m’amuse beaucoup à en ramasser, en faire sécher et à en cuisiner pour ma famille et mes amis.

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif pour notre prochaine interview ?

Alors je voudrais vous parler d’Adrian Jequel qui est le futur maraîcher de la ferme de Basse-Fontaine, qui est un jeune homme de 33 ans, qui s’installera à l’automne dans la clairière de l’abbaye et qui a décidé de changer de vie pour produire de bons légumes en agriculture biologique afin de les commercialiser en circuit court dans notre région.

Vous pouvez visionner l’interview de Marine Brunelet
sur notre chaine Youtube ou notre chaîne IGTV

Découvrez toutes nos rencontres. 

Cultiver le lien en retrouvant Marine Brunelet sur Instagram : @la_ferme_basse_fontaine