Rencontre avec Victoria Fauqueur, patronnière CAO. Elle nous parle du patronnage de La Poche PAïSAN. 

Que cultivez-vous ?

Alors, je cultive le lien entre le styliste qui va dessiner un vêtement, qui va avoir un projet textile et le façonnier et la production finale.

Vous intervenez quand dans la chaîne de création ?

Alors, je suis un petit maillon de cette chaîne. En fait dans les différentes étapes, on a le styliste qui va créer un dessin, imaginer un produit. Ensuite, le ou la modéliste qui va essayer de réaliser, faire un brouillon de ce dessin en toile.

Cette toile sera montrée au styliste qui va la valider. Dès que cette toile sera validée, elle sera transformée et mise à plat par un patronnier ou une patronnière.

Donc, je suis patronnier, patronnière CAO, c’est-à-dire spécialisée informatiquement. Je vais traiter la toile de la modéliste à plat en 2D et je vais la remettre “au propre”, aux mesures afin qu’elle ait un bon tombé pour qu’elle soit bien portée. 

Quelle différence entre Lé et Laize ?

Le lé, la laize c’est la même chose. Le lé, c’est l’ancien terme de la laize. C’est en fait une largeur d’étoffe prise entre deux lisières et cette largeur va varier selon les matières. Selon si on a du chaîne et trame, de la maille.

La maille aura une grande laize, sera tissée en tubulaire, c’est-à-dire en tube. Le chaîne et trame sera en aplat et aura différentes largeurs. Ça peut aller de 90 cm à 160 cm voire plus.

Et pour la Poche PAïSAN ?

Pour La Poche PAïSAN, on avait une laize de 150 cm.

En quoi c’est important d’avoir un bon patron ?

Le bon patron va permettre au vêtement de bien tomber une fois qu’il sera porté.

Et pour La Poche PAïSAN, alors c’était intéressant parce qu’en soi c’est simple. Une poche c’est simple, mais on s’est posés pas mal de questions sur la faisabilité de cette poche, la fabrication de cette poche. Avec le façonnier, Mehmet, on a un peu discuté, on s’est vu et on a essayé d’éviter les épaisseurs de matière sur la poche.

Et la gradation, et le placement ?

La gradation c’est en fait l’évolution d’un patron de vêtement entre toutes les tailles.

Donc, le patron que je vais travailler sera par exemple une taille 38. Et la gradation que je vais calculer et appliquer permettra au vêtement d’évoluer entre la taille 34 et la taille 52 par exemple.

Explication du patronnage de La Poche PAïSAN par Victoria Fauqueur

Vous optimisez le placement des patrons sur la laize ?

Oui, c’est ça. Pour perdre le moins, oui, on peut dire ça comme ça. Cela permet de perdre le moins de tissu possible. D’où le travail de recherche qu’on a effectué avec Régis, avec Mehmet. On en a parlé ensemble et on a essayé de faire en sorte qu’il y ait le moins de perte possible.

On a réussi à le faire en incluant une poche par exemple intérieure à une certaine mesure afin qu’elle remplisse parfaitement l’espace perdu. On a réussi à optimiser au maximum.

Le calcul de la machine ne suffit pas ?

L’ordinateur pourrait suffire si on parle de grosse production et de travail en usine avec des machines de coupe automatisées.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de travailler en plus petit réseau et d’échanger avec les façonniers. Et par exemple, pour la poche avec Mehmet, on se téléphone, il me demande de modifier les placements, donc l’optimisation des patrons, en fonction de ses besoins afin que la coupe se fasse.

La coupe est ce qui permet de couper le patron sur la laize avec une machine de coupe. C’est ce qui va permettre à Mehmet de couper de manière plus aisé le patron.

Conserve-t-on les vieux patrons ?

Les sociétés souvent conservent tous leurs patrons depuis leur existence : patron papier, patron carton, patron en toile. Aujourd’hui, grâce à l’informatique qui est mon support de travail, on peut effectivement archiver tous ses patrons et les réutiliser de manière très facile et les retrouver très facilement. 

Pour mon propre intérêt pour ma propre curiosité, oui j’ai des vieilles méthodes de coupes, des vieux livres où les méthodes sont différentes de celles d’aujourd’hui. C’est amusant de voir les différentes techniques selon les époques.

Le mannequin est votre meilleur ami ?

Le mannequin bois, je m’en sers un peu, pas beaucoup car je ne suis pas modéliste. La modéliste va se servir exclusivement de son mannequin pour construire son vêtement. Moi je vais m’en servir pour poser le vêtement une fois qu’il sera terminé, pour le voir. Voilà je m’en sers, mais peu !

Et le traceur ?

Le traceur est ce qui va permettre de tracer le patron en taille, à l’échelle 1.

Portrait de Victoria Fauqueur par PAïSAN©

Votre regard sur le projet PAïSAN ?

La première fois que Régis m’en a parlé, j’ai adoré l’idée, et je suis très heureuse que l’idée soit passée à la réalisation et d’en faire partie aujourd’hui.

Il y a votre prénom sur la poche !

Je suis très contente, très fière. Puis, mon nom parmis plein d’autres noms, c’est ça qui est bien, le mélange de tout ça.

La poche, bleue ou naturelle ?

Le choix est difficile, mais s’il fallait choisir, je choisirais la poche naturelle.

Un objet de votre quotidien ?

C’est ça ! Mon bic quatre couleurs.

Un lieu à nous faire découvrir ?

 Il y a un endroit que j’adore. Je vais parfois en Normandie, une boutique qui est à Villers-sur-Mer. Cette boutique est classée et s’appelle La Galerie Paris-Normandie. On ne peut pas la rater, c’est une boutique rose qui fait un angle avec un dôme en zinc. Elle est très belle. Et dans cette boutique, on a des choses très variées, des savons, de la vaisselle, des vêtements, de la déco, des chaises longues… Très bien !

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

Alors, un endroit que j’aime bien à Nanterre. Ça s’appelle La Ressourcerie, c’est un collectif qui récupère tout : les objets, les vêtements. Ils ont une partie vêtements justement qui est sympa, parce qu’ils les récupèrent, ils les réparent, ils les customisent et ils les mettent en vente. Donc voilà, on trouve tout là-bas ! 

Rendez-vous à l’ouverture de l’Atelier PAïSAN le 3 septembre ?

Bien-sûr ! (rire)

Vous pouvez visionner l’interview de Victoria Fauqueur
sur notre chaine Youtube ou notre chaine IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Victoria Fauqueur au 131 rue du Faubourg Saint Honoré, Paris (75)

Ou venez à sa rencontre le 9 septembre 2020 à l'Atelier PAïSAN.