Les rencontres de PAïSAN ont croisé les rencontres d’Élodie Villalon. Alors nous avons cultivé ce lien avec la photographe reporter qui s’engage pour une photographie durable, du Canada à la Bretagne.

Que cultivez-vous ?

Je cultive mon inspiration et mon imagination par mes nombreux voyages et mon amour de la Nature et des grands espaces. C’est pour cette raison que je vais les chercher très souvent.

Si je vous qualifie de Photo-reporter de l’imprévu ?

Oui c’est drôle de me qualifier ainsi mais je dirais plus “de l’impulsivité”. Il y a eu beaucoup d’imprévus dans mes voyages et ça continue. Pendant deux ans, sur la route au Canada, je n’avais pas vraiment de plans et les choses se faisaient en fonction des rencontres, des opportunités et des paysages. Cela se retrouve dans mon travail.

Élodie Villalon photographe-reporter

Combien de temps passé dans chaque ferme ?

Entre un à trois mois dans chaque ferme avec un deuil douloureux à chaque départ, on a gardé de très bons liens.

Avez-vous croisé Jean-Martin Fortier ?

Il est très connu là-bas. Je ne l’ai pas croisé mais j’ai passé du temps dans sa ferme “Les Quatre Temps”.

Puis un retour à cause du Covid ?

Tout devenait un peu compliqué sur la route comme pour beaucoup de voyageurs, il n’y avait plus rien de très spontané.

Avec quel projet en France ?

Je ne reviens pas à ma vie d’avant Canada. Je suis revenue avec l’idée de créer dans quelques années ma propre structure agricole, mais d’ici là continuer mes deux passions, la photographie et mettre en lumière tout l’artisanat français et ses savoir-faire. Avoir un lieu global, alternatif, qui allie le travail de la terre et le bien manger serait un objectif de vie.

Élodie Villalon photographe-reporter

Un exemple de rencontre à partager ?

Je suis allée à la rencontre de Morgan qui a un petit cheptel d’ânesses proche de Rennes. Elle réalise des produits à base d’ânesse, Azalane, cosmétique et compléments alimentaires. C’est très rare en France. Ce n’est pas une pratique très connue malgré les bénéfices que peuvent apporter le lait d’ânesse. Et toujours en Bretagne je suis allée faire un reportage sur la céramiste Emmanuelle Cassot qui a réalisé un projet expérimental en collaboration avec le 104 et la Société du Grand Paris sur la revalorisation des terres de chantier. Elle récupère ces terres de chantier considérées comme des déchets pour les transformer en objets.

De la photo argentique pour capter le brut ?

Mon histoire avec l’argentique a commencé sur la route au Canada. Je faisais du numérique. Je me retrouvais à trier des centaines et des centaines de photos sans vraiment prendre le temps de les regarder et d’un point de vue logistique, cela devenait compliqué de charger mon appareil. Je suis tombé par hasard devant une boutique dans laquelle j’ai acheté mon premier argentique et aujourd’hui je ne jure que par cela. C’est aussi en lien avec les sujets que je traite car c’est un rapport authentique à la pratique de la photographie, en lien avec la pratique de l’artisanat, brut et sincère. Sur une pellicule je n’ai que 36 prises de vue donc cela fait du sens avec qui je suis, ce que j’ai quitté et ce que j’ai entrepris.

Élodie Villalon photographe-reporter

Votre regard sur PAïSAN ?

On est assez proches dans notre vision des choses. Prendre le temps, éduquer en valorisant le savoir-faire et les personnes qui ont fait le choix de s’engager et de promouvoir moins de rapidité et plus de qualité.

La route en van ?

C’était un Vanagon VW de 1984, Bowie. Au canada tout le monde donne un nom a son van alors on me posait la question régulièrement.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Un lieu qui m’a vraiment transcendé : les îles de la Madeleine à plusieurs centaines de km du Québec, un des plus beaux endroits que j’ai vu. La terre est rouge et c’est venté.

Élodie Villalon photographe-reporter
Élodie Villalon photographe-reporter

Vous avez quitté la France pour sillonner le Canada pendant 2 ans ?

Je travaillais dans le milieu de l’art contemporain et du cinéma à Paris. Venant de Bretagne, Paris a été extrêmement enrichissante et énergisante. Mais j’ai eu besoin de faire un énorme break car les valeurs des différents boulots que j’exerçais n’étaient plus en accord avec les miennes. Alors j’ai pris la décision de partir au Canada.

Pour devenir nomade et apprentie fermière ?

Je suis partie du constat, après mes expériences, que je ne connaissais pas grand chose de l’essentiel. Je n’avais jamais eu le courage de sortir du moule que je m’étais imposé. Donc je suis partie travailler dans des fermes d’Est en Ouest, en partant du Québec. Toujours dans des micro-fermes pour apprendre les principes de permaculture ou de biodynamie. Et avec l’objectif de comprendre et d’apprendre l’essentiel. A savoir : qu’a-t-on dans nos assiettes, comment ça pousse, quelles sont les techniques. Cela allait de travailler en ferme, à construire des maisons, à réparer des voitures… et vraiment devenir autonome.

Élodie Villalon photographe-reporter

Vous avez écrit “la permaculture va bien au-delà de la culture de la terre.”

Permaculture est un terme culturel qui englobe tous les domaines de vie. Je me suis intéressée à un écolieu en Bretagne qui apprend tous les domaines de vie de la permaculture. Cela va de l’éducation à la politique, en passant par les relations sociales, c’est un équilibre global entre tous ces domaines qui favorise autant la terre que l’humain et le bien-être, donc la société.

Et maintenant de nouvelles rencontres ?

Beaucoup de reportages engagés, avec des agriculteurs, des paysans et des artisans, céramistes ou ébénistes, aussi pour des magazines.

Avec le magazine en ligne Relief ?

Alors que j’étais encore au Canada, Camille, la fondatrice du magazine, m’a proposé d’écrire un article sur mon expérience là-bas. Ont suivi d’autres articles et une implication plus importante de ma part pour ce magazine en ligne qui traite de différentes thématiques dont l’art de vivre et l’écologie.

Élodie Villalon photographe-reporter

Comment être une photographe responsable ?

Être photographe responsable passe dans un premier temps par le choix des sujets en étant aligné avec son éthique et ce en quoi on croit. L’argentique oui car c’est une prise de temps différente, savoir prendre le temps de regarder. Mais les pellicules ne sont pas recyclables…

L’objet de votre quotidien ?

J’emporte toujours avec moi mon petit carnet de notes. Il est rempli dans tous les sens et tous les coins de noms de personnes que j’aimerais rencontrer ou des mots, des lieux.

Élodie Villalon photographe-reporter

Un lien pour une prochaine interview ?

Le Château de Ratilly en Puisaye et sa manufacture de poterie.

Et maintenant on va où ?

Je vais ouvrir mon carnet de notes. On va rencontrer de nouvelles personnes inspirantes, trouver un nouveau reportage qui fait du sens et essayer de valoriser les personnes qui nous aident à prôner le durable et le responsable.

Crédits photos : ©Élodie Villalon

Cultiver le lien en retrouvant Elodie Villalon
sur Instagram @elo.villalon
et sur elodievillalon.com