Rencontre avec Maxime Barbe, liniculteur en Normandie. Il nous parle de la culture du lin. 

Que cultivez-vous ?

Je cultive du lin sur l’exploitation. Je fais aussi partie d’un groupe “Jeunes” avec lequel on essaye de développer la culture du lin et d’étudier toute la filière de A à Z.

Vous cultivez le lin sur combien d’hectares ?

Sur 42 hectares pour cette année.

40% de la production mondiale de lin passe par ici ?

Oui, effectivement. Il y a une très forte proportion de la production mondiale de lin qui passe en Normandie, pour les raisons qu’on évoquait. Parce que c’est vraiment un terroir qui est adapté à la culture du lin.

La culture du lin est-elle une histoire de famille ?

Oui, c’est une histoire de famille. Mon grand-père a fait du lin et a commencé dans le secteur très tôt. Il a tout connu : les vieilles machines, l’arrachage à la main, le rouissage dans les bacs. Donc oui, cela fait vraiment des années qu’on cultive le lin et c’est mon grand-père qui a fait le plus dur je dirais. Parce qu’aujourd’hui, on a toutes les machines pour le faire et c’est beaucoup moins fatiguant.

Y a-t'il vraiment aucune irrigation et très peu d'intrants pour le lin ?

C’est vrai que par rapport à d’autres cultures comme les betteraves et le blé, le lin est économe en intrants. Enfin pour nous, sur le secteur, il n’y a pas d’irrigation. Même cette année, alors qu’il a peu plu, le lin a quand même poussé correctement.

Cultivez-vous du lin uniquement pour le textile ?

Sur l’exploitation, le lin est essentiellement pour le textile et la production de semences. De toute façon, dans le lin, on récupère tout. On dit que c’est comme le cochon, on récupère tout. Il y a zéro déchet. On récupère la graine, les anas, la fibre, la poussière, vraiment tout est récupéré. Donc on le cultive pour plusieurs débouchés.

Portrait de Maxime Barbe, PAïSAN©

Quelles sont les étapes de la culture du lin ?

Le lin, je dirais que ça commence dès l’automne où on prépare la terre pour le printemps suivant. On sème à couvert. On essaye de le cultiver du mieux possible pour que les racines du couvert permettent de bien travailler le sol naturellement.

Après quand on arrive au printemps, on attend que la terre soit suffisamment ressuyée et chaude pour pouvoir l’ensemencer au sol. Ensuite, on attend qu’il pleuve pour que cela germe. Puis, il y a quelques interventions techniques. Après cela, on le regarde pousser, et ensuite on l’arrache. On le retourne pour homogénéiser le rouissage. On récupère la semence, à l’aide des capsuleuses.

Puis, on l’enroule et on le met sous le bâtiment, en attendant d’aller à la coopérative pour aller être teillé et transformé et dégager la fibre de la paille.

Le lin fleurit-il vraiment que quelques heures ?

Oui, il fleurit quelques heures ! Disons qu’en plus d’être agriculteur, je fais du contrôle de semence de lin pour Terre de Lin donc j’ai l’habitude tous les matins quand c’est la floraison d’aller visiter les parcelles.

Le lin fleurit le matin dès qu’il y a un peu de soleil. En général à partir de 9 ou 10 heures, on peut commencer à voir un champ bien bleu. Si il n’y a pas trop de soleil, on peut tenir jusqu’à 13 ou 14 heures. Par contre, si le soleil commence à chauffer, à partir de 12 heures, il n’y a parfois déjà plus de fleurs.

En effet, elles ne durent qu’une journée. Mais comme il y a plusieurs boutons par tige du coup la floraison dure sur une semaine.

Pourquoi le lin est à ce point résistant ?

C’est la propriété du lin qui est comme ça. Plus il va pousser lentement, plus il aura une croissance lente et plus il va être solide. Par exemple, si il se met à pousser très très vite, de plusieurs centimètres par jour, la solidité de la fibre va en être impactée.

La Normandie est la région la plus adaptée à la culture du lin ?

Je pense que c’est d’une part le climat, qui est assez tempéré, on a pas de gros coup de chaud ou de coup de froid. On a des sols limoneux qui sont favorables à l’enracinement du lin. Puis, on a aussi suffisamment d’eau une fois qu’il est arraché pour permettre le rouissage. Pour que les bactéries se mettent en place, il faut forcément de l’eau pour que le lin rouit. Du coup, on a un secteur où on est assez arrosés. Pour le rouissage, c’est plus facile à se mettre en place.

le lin avec Maxime Barbe

Photographie : PAïSAN©

Un bon rouissage ne se délocalise pas ?

Non. Je pense que l’on peut faire pousser du lin dans beaucoup d’endroits, mais pour le faire rouir c’est plus compliqué.

Êtes-vous fier que la production locale soit la première au monde ?

Oui, on est très fiers que notre savoir-faire prenne de plus en plus d’ampleur. La fibre de lin ne représente que 2%. Mais aujourd’hui, on a quand même une vision importante de notre métier.

Vous animez aussi un groupe de jeunes liniculteurs. En quoi cela consiste ?

La coopérative souhaite intégrer ces jeunes à la vie de la coopérative. Du coup, on a créé ce groupe “jeunes” pour leur faire découvrir autre chose, au-delà de la culture. La culture, en général,  ils la connaissent tous. Ils la tiennent de nos parents, de nos grand-parents comme moi. Mais au-delà du teillage, on n’a pas de visibilité. Donc le but c’est de découvrir au-delà de cette étape,  notamment avec la filature Emanuel Lang qu’on a visitée cet hiver.

Une nouvelle filature de lin en France, c'est un signal positif ?

C’est plutôt une bonne nouvelle ! C’est bien de pouvoir relocaliser la production en France. Surtout qu’on est sur un filage au sec, c’est une autre technique qui peut se démarquer des techniques actuelles de filage au mouillé.

Défendez-vous le lin face au coton ?

Le lin ne représente que 2%. On est vraiment tout petit donc c’est vrai qu’on essaye de se démarquer, ce qui n’est pas facile. On a énormément d’atouts pour pouvoir apparaître dans le paysage textile.

Photographie : PAïSAN©

Un objet de votre quotidien ?

Je pense, comme un peu tout le monde, le téléphone portable. J’ai ma vie privée, ma vie professionnelle dessus avec mes applis. Aujourd’hui, je pense que c’est l’outil que j’utilise le plus au quotidien.

Une application spécifique pour le lin ?

Oui, on a une application Appli’Lin. On a une icône où on définir, en fonction de la date de semis de la variété, à peu près la date de floraison du lin.

Un lieu à nous faire découvrir ?

La petite église de Varengeville-Sur-Mer.

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

Patrick Ouvry,  qui est le président du festival du lin qui promotionne très bien le lin. Je pense que ça serait une bonne personne à interviewer.

Vous pouvez visionner l’interview de Maxime Barbe
sur notre chaine Youtube ou notre chaine IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Terre de Lin sur leur site : terredelin.com