Rencontre avec Marie Coudert, brocanteuse spécialisée dans les vieilles enseignes en Île-de-France.

Que cultivez-vous ?

Je suis brocanteuse, je ne vends que des objets anciens et plus en particulier, des anciennes lettres d’enseignes, que je décroche toute l’année.

Comment devient-on décrocheuse de lettres ?

Par hasard, en allant aux puces, en s’intéressant aux enseignes, en demandant combien elles coûtent et en se disant pourquoi ne pas aller en chercher par soi-même, vu que ça coûte très cher.  Et le lendemain j’en ai trouvé sur le chantier à côté de chez moi, et encore et encore et encore.

Où trouvez-vous vos lettres ?

Moi je ne les décroche qu’en Île-de-France, parce que je fais tout à vélo avec une carriole et avec un plan de Paris et un stabilo. Je connais toutes les rues d’Île de France. Tout est noté, tout le monde a mon numéro si ils veulent changer leurs enseignes. Même si je me balade en voiture par hasard, je ressens l’enseigne avant de la voir. Je sais qu’il y aura une pharmacie à tel angle, je ne sais pas pourquoi, je le sens. Et non, je n’en décroche qu’à Paris ou des fois en vacances. Là, j’en ai décrochées pendant les vacances, à Prades. 

Pharmacies ou boulangeries ?

Ça m’est complètement égal. C’est une question plutôt de typo et de charme de la lettre. Évidemment, quand en cursive, c’est-à-dire tout attaché, on a un « confiserie » c’est bien mieux qu’un « charcuterie ». Enfin dans l’esprit en ce moment, je ne sais pas, les bonbons c’est mieux que la charcuterie !

Une préférence sur les typos ?

En fait les lettres qui sont les plus intéressantes, c’est celles qui sont en zinc des années 50. Et dans les années 50, ils étaient à la page et ils utilisaient des typos hyper reconnaissables, toutes ont été créées par le même mec la plupart du temps. C’est Excoffon. Et il y a des typos connues qui s’appellent Banco, Mistral, Choc, ça j’en ai pas mal. Elles sont très caractéristiques.

Elles sont toutes en métal ?

Moi je préfère celles en métal. C’est-à-dire que là par exemple, j’ai très peu de plastique, un peu de bois. Mais oui, toujours en métal : laiton, zinc, acier. 

Et les chiffres ?

Les chiffres, des fois il y a des chiffres avec l’enseigne quand ils refont toute la façade. Et des fois, sur des chantiers de rénovation d’isolation par l’extérieur, ils enlèvent tous les chiffres de plein de bâtiments et là je récupère plein de chiffres. Ça m’est arrivé. 

Vous connaissez l’histoire de chaque lettre ?

Oui puisque c’est moi qui les décroche.

Une anecdote ?

L’anecdote raconte aussi comment j’en suis venue là et ça répond un peu plus à la question du début. Je suis allée à Vernet-les-bains, il y a 4 ans et j’étais persuadée que j’étais déjà venue là parce que je savais qu’il y aurait la boulangerie qui serait comme ça et que la charcuterie serait comme ça. Et ma mère était là, et je lui dis « Je suis déjà venue ici » et elle me dit
« Franchement jamais ». Et au bout de 2-3 jours de vacances, elle me dit « Si si t’es venue là, on est venus à un vernissage quand tu avais 10 ans ». Donc en fait, les lettres je les repère depuis toujours, faut croire.

Portrait de Marie Coudert

Il y a encore beaucoup d’enseignes à décrocher ?

Oui, il en reste, de moins en moins.

Beaucoup dans les petites villes ?

Là, il y en a beaucoup. Mais c’est pas du tout ma philosophie. C’est-à-dire qu’à Paris, quand on enlève une enseigne, on la sauve. Quand on l’enlève en province, on dénature le village puisque personne n’y touche. 

Oui, il y a des villages fantômes, puis après ça dépend des villes. S’il y a une tradition d’avoir des lettres peintes ou des lettres en volume. Il y a des villes, par exemple à Moulin, il y a un magasin sur deux où il y a des lettres super belles et tu ne sens pas le dynamisme. Il y aurait du travail là-bas. 

La prochaine enseigne ?

Ça marche par cycle. Par exemple, en ce moment j’aimerais avoir une cave qui est sur le Boulevard Sérurier et ils ont mon nom. Le chantier a commencé et il s’est arrêté pendant le Covid et donc j’espère que je les aurais. J’y vais tous les 3 jours, vérifier si ils sont là ou pas, les mecs de chantier. Parce que rien ne certifie que tu les auras, même si t’as tout fait pour. Il ne faut jamais lâcher. 

Un petit mot sur les enseignes Monop Et McDo ?

Ce qui est drôle justement c’est le montage électrique de ces enseignes-là. Quand elles pètent c’est toujours Monop qui survit et pas oprix. C’est toujours McDo qui survit et pas nald’s, donc ils ont dû faire exprès !

Vous avez un atelier ?

Oui, nous y sommes. Je suis dans le 12e. Je l’ai encore pour quelques temps mais je suis obligée de partir parce que l’espace est vendu, donc j’en recherche un de nouveau pour très bientôt. Si vous avez un super plan dans Paris intra muros ou petite ceinture nord-est, je suis preneuse.  

Un objet de votre quotidien ?

Il y en a pas mal. Il y a mon vélo, la carriole qui va avec. L’échelle et un tournevis. 

Un lieu à nous faire découvrir ?

Il y a un lieu qui est super et il n’y a jamais personne. Alors si j’en parle, c’est un peu con parce que du coup il va y avoir plus de monde, mais il est vraiment exceptionnel. C’est Les Jardins de l’École du Breuil. C’est une école d’horticulture dans le bois de Vincennes. C’est 6 hectares accessibles toute l’année. Il n’y a jamais personne, c’est hyper beau. 

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

Comme je suis un peu monotâche et que je suis dans le recyclage tout le temps, parce que même si je fais les enseignes, je fais aussi les objets et le débarras d’appartement et tout ça. J’aurais envie de dire Emmaüs Défi, parce qu’ils font un super boulot. Tout ce qu’ils récupèrent ça ne part pas dans le cycle des poubelles et il faut y aller, acheter pour qu’ils aient plus de place et encore recycler.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Pourquoi j’ai accepté de répondre à PAïSAN ? Parce que je ne fais jamais ça d’habitude, je n’ai jamais répondu à aucune interview filmée. Pour changer, parce que si on change un tout petit truc, ça fait changer un autre truc et encore un autre truc et comme on doit tous changer, il faut faire un effort. 

Vous pouvez visionner l’interview de Marie Coudert
sur notre chaine Youtube ou notre chaîne IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Marie Coudert sur leur site : mariecoudertparis.com ou sur Instagram : @mariecoudert