Rencontre avec Pascal Lafont, directeur des Ateliers de la Bruyère. Des ateliers autour du feutre pour renouer le lien social.

Que cultivez-vous ?

En fait, nous cultivons la solidarité et pour cela nous cultivons plein d’autres choses.

Pourquoi avoir créé les Ateliers de la Bruyère ?

Je n’ai pas eu la chance de participer à la création. C’était en 1992, en revanche je les ai intégré en 2002. Pourquoi l’ont-ils créé ? Les bénévoles voulaient aider les personnes laissées sur le chemin. Les gens qui n’avaient malheureusement pas d’emplois et quelques problèmes sociaux.

Images : Les Ateliers de la Bruyère

Aujourd’hui, combien de salariés travaillent dans vos ateliers ?

Aujourd’hui, on a une quarantaine de salariés. Ça fluctue avec les contrats à durée déterminée. Il y a 12 permanents et il y a donc 28 à 30 salariés qui sont en parcours de retour à l’emploi, dans les différents ateliers. 

Qu’est ce que la technique du feutrage ?

Notre technique est un feutre à l’eau. C’est-à-dire que c’est un frottement de la laine. Le frottement va enchevêtrer les fibres jusqu’à en faire un intissé permettant ensuite de produire soit directement des objets, soit en passant par une méthode de coupé-cousu d’autres objets comme les chaussons.

Quels sont les atouts de cette matière ?

L’avantage de la laine surtout en forme de feutre, c’est qu’elle est isolante du chaud comme du froid. Le feutre est également déperlant. C’est pour ça aussi que les bérets sont faits en feutre.

Quel est le parcours de la laine, du mouton à sa transformation en objet en feutre ?

Pour nos feutres, nous utilisons que de la laine locale. Nous travaillons trois races : Blanche du Massif Central, Noire du Velay et Bizet. Trois races qui sont emblématiques chez nous. Elles sont donc collectées auprès des agriculteurs avec qui on travaille. Puis lavées dans notre lavage, lavage de laine du Gévaudan, ensuite cardées juste à 200 mètres chez Laurent Laine et enfin feutrées chez nous. Donc tout se fait dans un rayon de 20 km. 

Aujourd’hui, est-ce que vous constatez un regain d’intérêt pour la filière laine ?

Oui, en fait, j’ai l’impression que ça fait 20 ans que je dis ça. Ça fait quand même longtemps qu’il y a un regain. Quand même, depuis deux ans là, ça devient de plus en plus. Notamment, on le voit par le développement du travail à façon qu’on peut réaliser. De plus en plus, l’atelier travaille pour d’autres personnes : pour des éleveurs, pour des créateurs, qui nous confient leur laine car ils sont intéressés pour faire une valorisation eux-mêmes. Et en plus, ils sont intéressés d’avoir une traçabilité totale, ce qu’on peut leur garantir.

Quel type d’objets peut-on réaliser avec du feutre ?

Ah j’allais dire, c’est presque votre imagination qui va vous arrêter. On peut quasiment tout faire. Je crois que nous, au jour d’aujourd’hui, dans l’atelier, on doit avoir une quarantaine de produits différents. Ça va aller de produits chaussants comme des semelles, des chaussons, même des tongs dernièrement. Mais aussi, des bérets, des accessoires du vêtement, des sacs, enfin vous voyez. Des petites figurines, des tapis, il y a vraiment plein de choses. 

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier ?

Je pense que c’est le pôle : le Pôle Laine, le Pôle Territorial de Coopération Économique qu’on a créé à plusieurs. Parce que réaliser des choses seul, ça peut être assez simple. Alors que là, on a réalisé une démarche collective. Et ça, ça me rend assez fier et ça rend fière toute l’association.

L’Auvergne est une région d’artisanat ? Lesquels ?

La laine chez nous, on a trouvé des traces sur un millénaire donc la laine a toujours été travaillée dans nos montagnes du Gévaudan. Après bien sûr, on va vous parler du couteau de Thiers, on va vous parler du couteau de Laguiol, donc il y a d’autres artisanats. Au jour d’aujourd’hui, ça va être l’artisanat dans le bois qui est un peu en arrêt, mais sur la laine on espère que ça va pouvoir repartir. 

Y a-t-il toujours plus de vaches que d’habitants en Auvergne ?

Pour être exact chez nous, il y a beaucoup plus de moutons que d’habitants. À titre d’exemple, le territoire de Saugues c’est 4 000 habitants pour 25 000 brebis, donc oui, il y a toujours plus de vaches que d’habitants.

Un objet de votre quotidien ?

Aujourd’hui, l’objet de mon quotidien c’est mes tongs ! (rire) Vous voyez ! C’est pas très propre de montrer ses pieds, mais bon j’ai montré que la tong.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Mon territoire, ce qui nous entoure là : les montagnes du Gévaudan et les Gorges du Haut Allier, une descente en raft entre Monistrol et Prades.

Et pour cultiver le lien, une personne ou un collectif à nous conseiller pour une prochaine interview ?

Ça serait sympathique que vous puissiez interviewer Patrick Laurent, avec qui nous travaillons, qui est le gérant de la société de lavage de laine et qui a 120 ans d’existence. Donc ça serait intéressant. Puis sinon, une autre dynamique que porte le Pôle Laine actuellement avec Marie Nobili sur la mise en filière des légumes, puisque nous travaillons sur un projet de culture de légumes bio pour les cantines locales.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Qu’est-ce que le monde merveilleux de l’inclusion de mon emploi ? Que je puisse vous expliquer, mais l’interview ne suffira pas je pense, pourquoi nous nous battons et comment nous pouvons, à partir de personnes qui sont malheureusement très éloignées de l’emploi et en totale démoralisation, arriver à les remettre au travail, les former et les accompagner.

Vous pouvez visionner l’interview de Pascal Lafont
sur notre chaine Youtube ou notre chaine IGTV

Cultiver le lien en retrouvant les Ateliers de la Bruyère sur leur site : lesatelierslabruyere.fr