Rencontre avec Anne Nizery, responsable marketing de la coopérative Terre de Lin

Que cultivez-vous ?

Je suis responsable marketing chez Terre de Lin. Dans ce cadre, je m’occupe des relations avec l’avale de la filière. Donc pour nous, ce sont les filatures – plutôt les tissages – et tout ce qu’il y a après les tissages, jusqu’aux marques.

Où est basé Terre de Lin ?

Terre de Lin est basée en Normandie. Pourquoi ? Parce que la Normandie est un terroir de prédilection pour le lin. Il y a tout ce qu’il faut : le climat, le sol et les savoir-faire.

Photographie : PAïSAN©

40% de la production mondiale de lin passe par ici ?

Oui, effectivement. Il y a une très forte proportion de la production mondiale de lin qui passe en Normandie, pour les raisons qu’on évoquait. Parce que c’est vraiment un terroir qui est adapté à la culture du lin.

Le lin de Normandie est-il le meilleur au monde ?

En général, on dit que le lin de Normandie est le meilleur lin au monde parce qu’on a vraiment un terroir qui se prête à la culture du lin. En particulier, grâce au climat qui alterne entre soleil et pluie. Puis, un sol aussi qui s’y prête bien,
et par rapport au rouissage cela permet de faire rouir le lin de façon tout à fait naturelle sans avoir recours à de l’eau supplémentaire. Je pense que la Normandie est vraiment le terroir du lin vis à vis de cela.

Quelle est la culture du lin en dehors de la Normandie ?

Autrefois, le lin était cultivé un petit peu partout en Europe et même en Égypte ! Donc, c’est une culture qui était beaucoup plus répandue. Il se trouve qu’au moment de la Seconde Guerre mondiale, pas mal de belges sont venus dans la région et ont ramené la culture du lin plus fortement en Normandie.

Puis il y a eu un moment où le coton s’est imposé et tout ce qui était lin et chanvre s’est beaucoup réduit. Aujourd’hui, la Normandie reste un terroir important, comme je vous le disais, pour des raisons pédoclimatiques et de savoir-faire.

Vous travaillez avec combien de liniculteurs ?

Il y a 650 liniculteurs sur la coopérative. La première chose, c’est que ce sont eux qui nous livrent leur paille. Mais on les accompagne aussi dans toute la culture du lin et on commercialise leur paille une fois qu’on l’a teillée.

Portrait d’Anne Nizery, PAïSAN©

Quelles sont les étapes de la culture à la filature ?

Au niveau de la culture, on commence par le semi qui, en général, a lieu aux mois de mars et avril. Ensuite, il y a la floraison qui intervient vers le mois de juin. Le lin est ensuite arraché à peu près dix jours après la floraison. Là, il est mis en andains à terre. Une dizaine de jours après on écapsule – c’est à dire qu’on récolte la semence de lin.

Puis, est attaquée la phase de rouissage. Le rouissage, c’est ce qui permet, en fait, de faciliter l’extraction de la fibre a posteriori. C’est un processus par lequel, grâce à l’humidité et à la chaleur, on va détruire les pectines de la plante pour faciliter la séparation entre la fibre et le reste de la plante. Donc, après cette étape là, on enroule le lin et l’agriculteur va le stocker dans ses hangars.

Ensuite, pendant l’année qui vient, en général, l’agriculteur livre ses pailles à la coopérative et on va teiller. C’est à dire qu’on va extraire la fibre pour pouvoir ensuite la commercialiser à nos clients qui sont des filateurs.

650 liniculteurs c’est 650 savoir-faire qui s’associent ?

Oui beaucoup ! Parce que même si les agriculteurs travaillent sur leurs exploitations, ce qu’on voit c’est que nos adhérents sont beaucoup en lien les uns avec les autres. Ils travaillent en groupe pour améliorer leur savoir-faire. Je dirais même qu’on a beaucoup d’exploitations où ce sont des familles qui travaillent ensemble. Ils sont complémentaires sur leur connaissance et leur savoir-faire. Donc oui, le lin se pratique en lien, à plusieurs.

Photographie : PAïSAN©

Le lin peut-il aussi pousser en hiver ?

On appelle cela le lin d’hiver. C’est un lin qui est semé en général avant l’hiver, en automne. Il va être récolté un mois avant le lin de printemps grosso modo.

L’objectif de ces variétés de lin d’hiver, c’est d’une part d’étaler les travaux de récolte pour l’agriculteur. Parce que souvent tout se passe en été et il n’y a pas que le lin.
D’autre part, parce qu’on pense beaucoup au futur. Avec le réchauffement climatique, on se dit que les variétés de lin d’hiver pourront demain, nous aider à poursuivre la culture du lin en s’adaptant aux changements climatiques.

Qu’est-ce qu’on peut voir dans vos ateliers ?

On y verra le teillage. Il s’agit de l’extraction de la fibre de lin. Le fruit principal du travail de l’agriculteur c’est la fibre longue qu’on appelle le lin teillé.

Ensuite, on verra une deuxième partie qui, en général, est la première partie de la filature qui s’appelle le peignage. Donc l’opération de peignage consiste à paralléliser les fibres, à les étirer et à faire des rubans continus. Ce sont  ces rubans qui seront mélangés en filature pour stabiliser la qualité.

Le lin est-il une plante écologique par excellence ?

Ah oui c’est une plante qui est particulièrement écologique ! En effet, on y met très peu d’intrants. C’est assez étonnant car c’est une plante qui est ancrée dans le passé puisqu’elle existe depuis toujours. Puis, à la fois, c’est une plante de l’avenir parce qu’il y a beaucoup d’innovations. Quand on parlait de la recherche variétale et autres, et même dans les applications, c’est une plante qui continue d’évoluer. Vous en avez dans le textile mais aussi dans les composites, les skis, les casques…

PAïSAN va éditer un objet en lin via le circuit court et local. Qu'en pensez-vous ?

Pour moi c’est une initiative qui est vraiment géniale ! Elle permet, en particulier à nos agriculteurs, de mettre en valeur leur travail. On a un certain nombre d’adhérents qui ont envie de valoriser, de comprendre et de voir concrètement jusqu’où va leur lin. Cette initiative leur permet complètement de rentrer dans cette logique là.

Photographie : Terre de Lin par PAïSAN©

Une personne ou un collectif pour une prochaine interview ?

Je sais que vous travaillez avec la filature Emanuel Lang, ce sont vraiment des gens à rencontrer parce qu’ils sont passionnés comme nous. Ils ont un savoir-faire qui s’est transmis aussi de génération en génération. On est dans la même passion en fait.

Tous les gens qui travaillent sur le lin sont-ils des passionnés ?

Oui ! Moi cela fait dix ans que je suis dans le métier et c’est vraiment quelque chose que je trouve très prégnant. Je pense que c’est aussi ce qui fait le dynamisme des gens qui sont dans le métier. Le lin est une culture risquée. Si on n’a pas un peu de passion, ce risque là on ne le prend pas.

Un lieu à nous faire découvrir ?

C’est Veules-les-Roses, qui est un petit village charmant au bord de la mer. Il est très fleuri et est assez typique de la Normandie. Je pense que cela vaut vraiment le coup d’aller y faire un tour.

Vous pouvez visionner l’interview d’Anne Nizery
sur notre chaine Youtube ou notre chaine IGTV

Cultiver le lien en retrouvant Terre de Lin sur leur site : terredelin.com