Rencontre avec Marie Drouot, céramiste. Marie est née dans la terre. C’est plus qu’une passion, c’est un langage qu’elle a appris au contact des potiers du monde entier.

Que cultivez-vous ?

La passion de la terre.

Où se trouve votre atelier ?

À Paris, dans le quartier de Ménilmontant.

Quelle différence entre potier et céramiste ?

Les potiers fabriquent des objets utilitaires et les céramistes des objets d’art, et moi je suis à la frontière des deux. Je suis artiste-auteur-sculpteur en tant que céramiste et potière en fabrication d’objets poétiques.

On tourne ou on moule ?

On peut faire les deux.

Les différentes étapes de la terre à la table ?

La base c’est la terre, la matière première. Ensuite vient la création façonnage, on peut tourner, modeler ou mouler. Moi je suis céramiste tourneur. Que ce soit pour mes objets utilitaires ou mes sculptures, ma base c’est le tournage. Pour les couleurs c’est de l’email que l’on mélange avec des oxydes ou des colorants, chaque potier a sa propre recette. On pose l’émail sur les objets de différentes façons : le trempage, l’aérographe sous cabine, ou alors on peint. Et enfin la transformation au four et à chaque fois qu’on ouvre un four c’est une surprise, on est tout excité. La transformation des matières premières est magique.

C’est la taille du four qui compte ?

C’est surtout le type de four. À Paris, j’utilise un four électrique à haute température, mais il y a des fours à gaz ou au bois, et à chaque fois c’est une transformation différente.

D'où vient la terre ?

J’utilise du grès de Saint-Amand en Bourgogne, qui est assez universel car je l’ai déjà retrouvé dans le sol en Asie. J’ai de la terre très noire qui vient d’Afrique et d’autres très rouges qui viennent du Brésil. Il y a aussi le kaolin qui se transforme en porcelaine.

La terre a son propre langage ?

J’utilise beaucoup la porcelaine anglaise et bien sur celle de Limoges, et on dit que la porcelaine est une terre de mémoire, elle se souvient des gestes qu’on lui inflige.

Montrez nous une pièce et expliquez-nous le travail.

Je suis entre potier et céramiste, je fais des objets d’usage qui sont uniques et que je qualifie de poétiques qui nous invitent au voyage comme ma collection Estrants, une série de vaisselle qui transcrit cette zone d’influence des marées. C’est un mini-paysage qui défile sous les yeux. Pour mes sculptures, je travaille sur l’observation du monde et de l’énergie qui m’entoure, par exemple avec ma collection Nature Féconde c’est la sexualité des plantes. J’observe le monde invisible au microscope comme le pollen, et je le transcrits dans le monde visible.

Portrait de Marie Drouot par PAïSAN©

Vous avez fait le tour du monde des potiers ?

Après mes études d’art en céramique, j’ai entrepris pendant deux ans un voyage à la rencontre des potiers dans les villages en France, en Amérique latine et en Asie, avant de m’installer.

Vous enseignez également ?

C’est une autre partie de mon travail qui est très importante : la transmission des savoirs, les gestes ancestraux et d’échanger. J’ai de plus en plus de monde, de tous âges. La Covid a eu un impact important sur les personnes qui ont besoin de faire, de fabriquer quelque chose de leur propre main, c’est une question de sens et de plaisir. C’est naturel pour l’homme que de vouloir transformer une matière qui est là, sous nos pieds, et d’en faire un objet qu’on utilise au quotidien, ou juste pour l’observer. Il y a aussi une part de l’inconscient car on a tous fait du modelage quand on était petit, on a tous joué avec de la terre, que ce soit de l’argile, de la pâte à modeler ou de la boue. C’est aussi important que de marcher ou respirer.

Vous aussi, vous regardez des vidéos de tournage en accéléré sur Instagram ?

Il y a effectivement quelque chose d’hypnotisant et d’apaisant. Cette argile de base, cette boule qu’on pose et qui tourne avec ces gestes très techniques maîtrisés par les potiers, cela paraît facile et évident. C’est magique de voir cette boule se transformer en bol ou en vase ! Même si on ne le pratique pas, c’est spectaculaire !

L’objet de votre quotidien ?

Après la terre, c’est le tablier. C’est une seconde peau, notre outil et notre uniforme. Mon tablier me protège et il doit être ample et souple car je suis assise sur le tour donc on a besoin d’avoir un tablier qui nous entoure pour nous protéger et nous faire passer dans la phase de travail.

Un lieu à nous faire découvrir ?

Je dirais plutôt des régions pour la terre, alors la Bourgogne pour le grès et le Limousin pour le kaolin et la porcelaine.

Une personne ou un collectif pour une prochaine interview ?

En tant qu’artisan et artiste, je citerais le collectif Wecando qui permet de rencontrer des gens et partager ma passion et mon savoir. Et de l’autre côté, les gens de Craft Project avec les Ateliers d’art de France qui mettent en lumière le travail sur les objets d’art.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?

Pourquoi ce métier ? Comme pour beaucoup d’artistes et d’artisans c’est par passion, et je dirais que c’est la création pour s’éveiller et la transmission pour le partage qui sont mes deux philosophies.

Vous cultivez la terre ?

On peut cultiver la terre car on la façonne, on la transforme, on en fait notre propre langage et on la cultive avec la transmission comme avec tous les métiers de savoir-faire.

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Cultiver le lien en retrouvant Marie Drouot sur Instagram : @mariedrouot ou sur son site : www.ceramique-mariedrouot.fr